Visualiser à l’avance ce que vous devez acheter. Vous prendrez l’argent nécessaire en conséquence. Lorsque vous achetez un poisson je vous recommande de le toucher pour regarder la couleur de ses branchies mais également pour vérifier que la chair ne soit pas trop raide, tout n’en étant pas trop molle. En effet, certaines vendeuses de poissons les battent avec un gourdin pour leur donner une apparence plus fraîche. Autant vous dire que le goût n’est pas le même après ce traitement. Donc anticipez que vous aurez à toucher le poisson. C’est pourquoi il est préférable d’avoir le montant prêt à être donné pour ne pas à avoir à fouiller dans votre poche et à ouvrir votre portefeuille avec ces mains pleines de poissons. Donc, prendre le montant adéquat. Ensuite, c’est parti. Vous prenez le pont direction le marché aux poissons tout en ouvrant bien l’œil. Vous trouverez peut être sur les étales un ingrédient auquel vous n’aviez pas pensé. Vous passez devant les vendeuses de salades. Elles sont très fraîches et les vendeuses, tout comme en occident, savent que les arroser de temps en temps donne une bonne impression aux acheteurs. Mais je sais également que si j’achète cette salade, je vais devoir la laver dans une cuvette avec de l’eau de javelle, la rincer quelques fois et la sécher avant de pouvoir la manger. Non. Pas aujourd’hui. Je passe devant la vendeuse de crevettes. La femme, ayant autour de 60 ans, est assise sur un petit banc en bois. Elle offre des petites crevettes ou des grosses avec quelques petits crabes en prime. On peut en avoir qui sont déjà décortiquées. Le prix est abordable bien qu’elles ne soient que deux à ma connaissance à en vendre sur ce marché, contrairement aux vendeuses de salades ou de poissons qui sont plus nombreuses et regroupées en plus. Je pense à ces soupes de crevettes que je me suis préparé dans un des quatre bols à soupe tonquinoise que j’ai apporté avec moi de Montréal. Je pense également à ces sandwichs de crevettes, … on me bouscule. Je sors de mes rêveries, on est quand même au marché. Les gens se bousculent et l’allée qui borde le marché est très mince. Je dois donc me faufiler et afficher l’assurance de celui qui sait où il s’en va. Je passe devant l’entrepôt qui sert de boucherie. Là aussi les bouchers travaillent au même endroit. On y trouve du mouton, de la chèvre et du bœuf. Avec ou sans os, le prix est différent. Mais aujourd’hui c’est un poisson que je cherche alors au prochain entrepôt. Il est 18h30, c’est l’heure à laquelle on est sûr de trouver des poissons frais du jour. Elles sont là. Rien qu’à l’entrée cinq ou six femmes présentent fièrement les prises familiales. Dorades, maquereaux, sardines, bar (appelé Capitaine ici), rougets, mulets, thon blanc et autant d’autres espèces dont je ne connais même pas le nom en français. La mer a été généreuse aujourd’hui. Alors je regarde, fais mine d’être de passage, d’être peu intéressé. Je cherche avant tout le poisson qui va me tomber dans l’œil. Je n’ai pas encore essayé le thon. Je le verrai bien en darne sur un papier aluminium sur mon barbecue de fortune. Je reviens à mes esprits, l’enfant à qui j’avais donné une pièce l’autre jour pour m’avoir aidé à trouver le bar que je cherchais me salue. Finalement je m’approche d’une femme assisse sur un seau retourné. Elle m’offre de petites dorades rouges qui auraient bien fait mon affaire si je n’avais pas eu l’intention d’essayer le thon. Dans un wolof parfais je lui demande « du thon », alors elle plonge les mains dans son grand panier en feuilles tressées. Non, je ne veux pas de Dorade, j’aimerai du thon s’il vous plaît. Elles les sorts, les uns après les autres, on passe à travers les dorades, à travers les sardines, les minutes s’écoulent, pour finalement arriver vers la fin de la besace dans le coin des maquereaux. Mais finalement, pas un seul thon. Je décide donc, culpabilisant d’avoir fait sortir tous ces poissons à cette dame, de lui prendre deux maquereaux qui semblent bien frais. Elle me les prépare, entendons par là qu’elle me les vide, enlève la tête, coupe les nageoires et la queue. Finalement, je lui donne le prix qu’elle me demandait avant qu’on négocie un peu, histoire de, pour le travail qu’elle a effectué en préparant mes deux thons. Non, mes deux maquereaux. Qui a dit qu’on ne pouvait pas changer d’avis? Après l’achat de deux concombres et quelques oignons me voilà de retour en direction de chez moi. L’atmosphère est bien différent, les gens rentrent pour le repas, les femmes ferment leurs étalages, la nuit tombe sur le pont que je prends dans l’autre sens. Je m’arrête quelques secondes pour observer le reflet de la lune sur le fleuve miroitant. Il me reste une petite pièce dans la poche. Si la femme qui demande l’aumône régulièrement sur ce pont, avec la tête entièrement recouverte est là, je lui donnerai cette pièce. On est vendredi quand même, journée de la grande prière musulmane. Et il est de coutume d’être généreux ce jour là. Elle n’est pas là, dommage.
Voilà donc mes amis, ce qu’il faut pour faire ce plat. Par contre, si vous en voulez la recette…venez la chercher.