samedi 23 février 2008

questionnements??

Ce n’est pas parce que je me déplace maintenant avec le titre de conseiller, après avoir été stagiaire, que je ne suis plus habité des questionnements qui m’accompagnaient par le passé. Et j’espère bien qu’ils continueront à me déstabiliser le plus longtemps possible.
Je n’ai pas de doute sur le fait que chacune et chacun d’entre nous vivons ces remises en questions ou réajustements et ces prises de recul. Je suis d’ailleurs ici, au Sénégal, pour décentrer mes perspectives et mettre mes certitudes en doute. Un doute salvateur, qui empêche de s’enfermer dans une culture, dans une éducation, dans un environnement et qui invite à l’effort de comprendre l’autre dans ses différences et d’envisager les ponts qui nous unissent. Après je sais bien qu’il existe d’autres façons de prendre du recul et aussi de se rapprocher des autres sans nécessairement quitter son propre environnement. Personnellement, je suis dans la première démarche en ce moment, ce qui n’exclu pas, et au contraire, que je décide de changer et de me stabiliser par la suite.
La différence est peut être que je me propose de partager avec vous ces questionnements, dans un premier temps, et peut être, plus tard, ce qui en est ressorti. J’ai bien conscience de l’aspect nombriliste de l’exercice, mais je veux me faire l’écho des réflexions qui habitent certaines personnes qui travaillent dans le domaine de la coopération, afin, peut être d’apporter de l’eau à votre moulin, des doutes créateurs aux vôtres. Mes questions seront volontairement naïves mais présenteront honnêtement mon cheminement, tout naïf qu’il était et qu’il l’est toujours.

Avant le départ du premier séjour voilà ce qui me passait par la tête :

Quelles sont les raisons profondes qui me motivent à m’invertir dans un tel projet?
Est-ce que le fait d’être un homme ne sera pas une difficulté supplémentaire pour travailler avec des groupes de femmes? (puisque je devais travailler avec des productrices d’échalotes, souvenez-vous)
Ne suis-je pas en train de prolonger une fuite commencée depuis plusieurs années?
Qu’est ce que je sacrifie en faisant le choix de poursuivre ce projet?
Serais-je à la hauteur des attentes? De qui?
Serais-je en mesure de transmettre mes réelles intentions et de favoriser un climat de confiance avec les personnes avec qui je vais vivre?

Dés les premiers pas en sol malien certaines questions m’étaient venues :

Qu’est ce qu’un jeune occidental vient chercher, honnêtement, dans une première expérience africaine?
Quelles sont les images que l’on peut avoir de l’Afrique, notamment à travers nos médias, de ce continent avant d’y avoir mis les pieds pour la première fois?
Pourquoi choisir la voie de la coopération pour cette première expérience?
Quel rôle joue la coopération internationale dans le grand théâtre de la mondialisation?
Quel est ma légitimité en tant qu’enfant de l’ancien empire français dans cette région du monde, à peine officiellement (au début des années 1960) libérée de la colonisation?
Quel part de l’héritage impérialiste européen dois-je prendre sur mes épaules?
Ne sommes-nous pas plus critique et exigeant lorsque nous travaillons dans la coopération envers le pays d’intervention qu’envers notre pays d’origine?
Est-ce que tout l’argent, du billet d’avion à l’hébergement en passant par la nourriture et les transports ne seraient pas mieux « investi » s’il était directement reversé aux collectivités locales?
Pourquoi est-ce que j’éprouve tant de répulsions envers des individus de mon propre pays, dans certaine situation?
L’embourgeoisement est-il inévitable lorsqu’augmente les responsabilités dans le domaine de la coopération?
Avoir un sous-sol riche est pétrole, en or ou en diamant n’est-il pas le plus grand risque pour un pays africain?
Pourquoi un virus contre le paludisme n’existe toujours pas?

Au cours du deuxième séjour :

N’est-ce pas nous que nous sauvons en premier lieu, si quelqu’un est sauvé dans le processus?
Dans quelle mesure les connaissances artisanales, musicales, traditionnelles que certains attribuent à l’Afrique ne continuent pas à renforcer une certaine image préconçue de l’Afrique?
N’est ce pas une nouvelle mode que ces séjours de 2-3-4 mois dans un pays en développement?
Certaines personnes ne contribuent-elles pas plus à creuser les distances et à renforcer les préjugés?
Qu’est ce qui compte, finalement dans ces échanges pratiquement à sens unique?
Comment des individus qui n’ont jamais vécu dans des familles nationales peuvent ressentir la vie de famille et les réalités du pays? Est-ce si utile cela dit?
Compte tenu des écarts importants tant économiques que culturels, un réel dialogue est-il envisageable? Qu’est ce qu’un réel dialogue?
A quel point ne mettons nous pas notre santé en jeu avec de telles immersions?
Comment faire valoir notre conviction dans l’importance des droits des femmes? Où en sommes nous d’ailleurs avec cette question dans nos pays occidentaux?
Quelles sont les responsabilités des élites et des populations?
Si je n’étais pas né là-bas mais ici, qui serais-je?
Qu’est ce qu’on appelle la culture mondiale?

En ce moment :

Travailler à l’amélioration de la commercialisation d’une céréale, le riz, qui n’est pas issue du continent mais qui a été apporté, contribue-t-il à nuire au développement des cultures traditionnellement africaines?
Ne sommes nous pas, pour certains dans l’idéalisation de l’Afrique? Est-ce que cela ne la dessert elle pas plus d’ailleurs?
Prenons nous suffisamment conscience qu’il y a plusieurs Afrique?
A partir de quand peut on s’objecter face à certaines pratiques locales, tant sociales que politiques? Comment le faire?
Quels sont les résultats de l’industrie de la coopération depuis ses débuts?
Le rôle du coopérant n’est il pas celui de l’agitateur public?
Que nous apprennent les manifestations qui ont lieu dans plusieurs pays africains contre « la vie chère »? (A Bobodioulaso encore hier au Burkina Faso)
Que peuvent nous apprendre les cohabitations religieuses au Sénégal?
Comment comprendre que les sénégalais soient si difficiles en terme de nourriture?
Est-ce que le sucre contenu dans le riz peut favoriser le diabète?
Le monde est-il prêt à accueillir les millions de réfugiés climatiques des prochaines années?

Ce que je vous propose pour rendre ce blog et ce texte un peu plus interactif, ce serait de m’envoyer sur mon adresse « yahoo » une de ces questions à laquelle vous aimeriez que je tente d’apporter quelques éléments de réflexion. Je vous invite également à joindre à ce message votre adresse postale, il se pourrait bien que les premières personnes à le faire reçoivent quelque chose par la suite…
Merci de vous prêtez au jeu.