Avec mon collègue mais néanmoins adversaire de tennis, nous rencontrons, dans le cadre de notre travail, les conseils d’administration des unions agricoles affiliées à la fédération que nous sommes venus appuyer. L’un des exercices que nous réalisons nous permet d’en apprendre un peu plus sur les conditions de travail du riz et plus particulièrement sur les revenus qui sont générés après une campagne. Comprenez qu’un producteur cultive en moyenne un hectare de terre et que son rendement moyen se situe autour de 5 tonnes à l’hectare. Le riz cultivé se vend sous forme de paddy, c'est-à-dire non encore décortiqué, 10000 francs CFA les 85 kilogrammes. Soit moins de 23 dollars canadiens, soit 15 euros environ. Le producteur réalisera des recettes de l’ordre de 600000 francs CFA soit 1363 dollars canadiens, soit 923 euros. Pour ce qui est des revenus, l’exercice est assez simple. Ils pourraient vendre la paille de riz mais ce n’est pas encore très répandu, bon nombres de producteurs la brûlent encore directement au champ. C’est lorsque l’on passe à l’examen des coûts engagés et du travail effectué que le calcul se corse. Dés le mois de juin, le producteur signe une entente avec la banque nationale qui finance les campagnes agricoles pour pouvoir acheter les semences et les engrais. Bien évidemment les banques sénégalaises n’étant pas plus amusantes que les autres chargent un taux d’intérêt de 10% annuellement. Le gouvernement sénégalais subventionne l’exercice et réduit ce taux à 6-7%, pour simplifier. Le producteur commence dont l’été par le travail de la terre qui se déroule en plusieurs étapes. Je reviendrai plus en détails une autre fois là-dessus. Il y a les semences à étendre, les engrais à appliquer et les différents suivis qui permettent une bonne irrigation. L’entretient des canaux principaux est à la responsabilité de l’union tandis que l’entretien des diguettes leur revient. Il y aura la chasse aux oiseaux granivores qui peuvent décimer toute la récolte en quelques heures et le suivi des éventuelles maladies. Arriveront le coupage du riz ainsi que le battage qui nécessité parfois d’employer des manœuvres. Les producteurs doivent ensuite payer les sacs et le transport vers le lieu d’entreposage, qui n’est souvent pas gratuit lui non-plus. Arrivera en fin de campagne la redevance d’eau à payer à l’union pour l’entretien et l’administration des canaux d’irrigation. Je pause 3, je retiens 2, j’additionne et je soustrais et j’arrive à la conclusion qu’il ne reste pas grand-chose quand il reste quelque chose. Bien évidemment le travail effectué par le producteur n’est souvent pas pris en compte. Les rendements ne sont pas assurés non plus, certaines récoltes produisent moins de 5 tonnes à l’hectare, dû aux intempéries ou à une qualité douteuse des semences. Les producteurs commenceront leur campagne autour de juin pour vendre en janvier. Bien évidemment ils n’ont pas trop le droit de tomber malade. Les membres de leur famille ne l’ont pas beaucoup plus. Sinon, le producteur devra utiliser des ressources qu’il destinait à sa production pour payer la visite chez le médecin et les médicaments, mettant en péril sa campagne de riz. Pour simplifier les choses, les cours du riz ne sont pas stables non plus, les grandes bourses internationales, que ne contrôlent évidemment pas les producteurs peuvent faire chuter les prix. Il arrive que cela obligera le producteur à vendre à perdre. Dans ce cas, il ne pourra pas rembourser la banque qui ne lui consentira pas de nouveau prêt. Alors il s’endettera au prêt de la famille pour remonter la pente, toujours plus glissante. Les femmes pour leur part, ne réduisent pas les activités familiales dont elles ont traditionnellement la responsabilité et ont des difficultés supplémentaires pour avoir accès à la terre.
Ces producteurs n’ont évidemment pas de salaire. Ils devront étaler les profits de leur campagne sur l’ensemble de l’année pour se nourrir et subvenir aux autres besoins de base. Alors s’ils arrivent à gagner 20000 francs CFA par mois de ce dur labeur soit 45 dollars canadiens, soit 30 euros, alors ils nous accueilleront avec le sourire lors de nos rencontres. S’ils n’ont rien gagné alors ces pères de familles vivant avec les lourdes responsabilités s’y rattachant alors ils ne nous accueilleront pas moins chaleureusement.
Sans ce travail et ces échanges, il ne nous est pas possible de réaliser l’ensemble des difficultés que rencontres ces gens. Les connaissant maintenant, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas… et vous non plus!