Voilà un moment que des rencontres ont lieu au centre culturel et linguistique Jean Mermoz de Saint-Louis sur le thème de la rencontre et du dialogue interculturel. Je dois dire que les échanges ne suffisent pas à nourrir ma curiosité. Voilà certains questionnements qui continuent à me traverser l’esprit.
La rencontre avec l’autre nous permet d’exister.
Cela permet de décliner notre identité.
Mais pourquoi avons-nous besoin de décliner notre identité. Je viens de… je suis né à… j’ai étudié ceci … j’ai voyagé dans tel pays… je suis célibataire…J’ai 3 frères… Je travaille pour…
A quelle période intervient la conscience de l’autre dans la constitution de la personnalité de l’enfant? Je sais donc que l’autre n’est pas moi et est différent. Qu’est ce qui nous pousse ou nous attire dans l’échange avec l’autre?
De le connaître me paraît trop léger. De se comparer peut être.
En déclinant notre propre identité, notre passé, c’est une façon d’exprimer son désir de laisser une trace, de réagir à notre peur de notre propre mort.
C’est peut être une façon de se sentir en vie. De prouver qu’on a réellement vécu.
Il y a évidemment plusieurs types de rencontre, mais ces rencontres qu’on dit et que je suis le premier à dire chercher en travaillant/voyageant, ne seraient elles pas celles de la recherche d’un idéal jamais trouvé.
Il arrive qu’on préfère l’autre quand il nous conforte dans les idées que nous nous faisions de lui. Ils/elles sont comme-ci, comme-ça.
Ne courrons nous pas après des mythes réconfortants. Nous ne savons pas nous occuper de nos personnes âgées, mais eux au moins ils le font toujours/encore. Nous n’avons plus tant de forêts à protéger chez nous, pour cause nous avons nous même coupé les arbres, mais qu’il est bon d’aller secourir l’Amazonie. Je parle avec mon voisin, l’autre jour il m’a offert un pâté, après quoi plusieurs jours après je lui ai apporté quelques fruits pour sa famille. Notre rencontre, bien qu’incomplète, existe. J’existe à travers cette rencontre. Comment s’appelait mon voisin au fait à Montréal?
L’autre me fait grandir cela dit. Je n’avais pas conscience de ce que l’on pouvait ressentir en état de minorité visible. Je ne m’étais jamais vu à ce point comme un enfant d’un des systèmes impérialistes de ces derniers siècles. Mon éducation est-elle toujours impérialiste? Dans quelle mesure dois-je connaître l’autre avant, pour rentrer en contact avec lui? Suis-je en mesure de le connaître suffisamment à travers les médias que je côtoyais habituellement dans mon pays d’origine?
Que dois-je accepter pour rentrer en contact avec l’autre?
Dois-je m’être posé ces questions, sur mes réelles motivations à rentrer en contact avec l’autre, avant de le faire?
L’autre a-t-il les mêmes motivations? Certaines sont-elles incompatibles?
L’autre a-t-il les moyens de me dire ce qu’ils pensent dans notre rencontre? En a-t-il le droit? S’en donne-t-il le droit? Sait-il qui il est lui-même?
Et si sa conscience de lui-même provenait majoritairement de ce que lui projette l’autre de lui-même? Et si cet autre avait eu des intérêts très intéressés par le passé au point de lui projeter une image de lui-même qui était complètement fausse?
On dit : chaque langue qui meurt c’est une façon de percevoir le monde qui s’éteint. L’autre me permet de voir le monde sous d’autres angles, avec d’autres langues, qui véhiculent d’autres valeurs. Certaines m’attirent. D’autres ne m’attirent pas. Mais elles me permettent de mieux me définir encore. Pas de verbe « avoir » dans la langue nationale du Mali. Pas nécessaire de tuer les araignées. La grosse dans le coin de ma douche sera peut être celle qui mangera le moustique qui devait me donner le paludisme. Mon rapport à la nature est celui que ma société m’a enseigné. Je suis donc très déterminé. Certaines cultures sont-elles plus ouvertes vers les autres? de part leurs histoires, de part leurs situations géographiques?
Cette soif de l’autre peut elle être étanchée? Dans ce cas pouvons nous dire que nous avons guéri des autres, que l’on s’est guéri grâce à l’autre? L’autre est-il utilisé? Qu’est ce que je laisse réellement à l’autre? Est-ce que cela dépend de mes intentions d’avant rencontre?
L’autre me permet de me sentir différent mais me rappelle que je fais parti d’un tout. L’espèce humaine, dans sa complexité, dans ses différentes mais dans sa nécessité de se considérer un.