vendredi 14 décembre 2007

L’histoire de mon premier Maffé

Le Maffé est un plat typiquement ouest africain. J’ai pu le découvrir pour la première fois au Mali sous le nom de « Tigadege » et je dois dire que les sénégalais savent également l’apprêter. La sauce aux arachides qui en est la base, accompagnée de légumes, tantôt de poisson, mais plus souvent de bœuf, recouvre un riz blanc, le plus souvent local, on l’espère. Bien sûr, je reviendrai plus spécifiquement sur le riz ultérieurement. Les anciens collègues de la vie bancaire que j’essaie le plus souvent d’oublier, m’avaient fait le sympathique cadeau d’un livre de recettes africaines. Cette semaine, ayant un peu de temps devant moi, je décidai de m’attaquer à ce fameux Maffé. Prenant mon courage à deux mains, je me suis engouffré dans le très vivant marché de Sor. Je vous rappelle que je vis sur une île, encastrée entre la terre ferme et la Langue de Barbarie, une bande de sable accessible grâce à un pont. Donc, d’un côté le pont Malick-Gaye pour se rendre sur la Langue de Barbarie et de l’autre le pont Faidherbe pour se rendre sur la terre ferme, là où se trouve le marché de Sor. Il est écrit dans le guide touristique « Le routard » parfois très désagréable à lire notamment pour les préjugés qu’il véhicule, que les locaux feraient une blague récurrente sur ce dernier pont. En effet, bien qu’il soit long de 507 mètres, il serait le plus léger au monde, car….Faidherbe… Je pense qu’il n’est pas nécessaire d’avoir écrit une thèse sur l’humour français pour en découvrir la griffe. Passons.
Je passe donc ce pont et commence par chercher un sachet de pâte d’arachide, ingrédient central du plat que je voulais cuisiner. C’est alors qu’un petit groupe de femmes, assis au coin d’un magasin de tissus, m’interpellent et me demandent ce que je fais avec ça dans les mains. A leur grand étonnement, elles apprennent mes intentions et les échanges s’accompagnent de rires interminables. Finalement, l’une d’elle fera le marché avec moi, pour s’assurer que je n’oublie aucun ingrédient. Elle ira même jusqu’à négocier les prix pour moi. La journée était bien commencée.
Je cuisine pendant deux bonnes heures et je décide, pas peu fier du résultat, d’inviter la femme qui fait le ménage chez moi à se joindre à moi pour le repas du midi. Elle commença par me dire, après y avoir gouté, que ma soupe était très bonne, que plusieurs femmes sénégalaises ne sauraient pas la préparer. Le compliment est de taille, mais malheureusement, mon intention n’était pas de préparer une soupe. Cela dit, je n’avais pas prévu réussir ce plat, dés la première fois et ensemble nous énumérons ce que j’aurai à améliorer. Finalement, le soir même, un ami passe pour que l’on parte ensemble voir le match Lyon-Glasgow. Il n’avait pas encore mangé. Je continue donc mes séances de torture et je l’invite. Il mangea le tiers de son assiette, prétexta qu’on avait un match à voir et conclue qu’il ne me restait qu’à améliorer ma recette.
J’en suis donc arrivé à la conclusion, que mesdames africaines, vous avez habitués vos hommes à de hauts standards en matière de cuisine. Ce que je trouvais plus que mangeable, n’arrivait pas à la cheville de votre Maffé. Mais comme le rappelait Thomas Sankara (je m’excuse d’avance puisque le contexte n’était certainement pas le même) « Là où s’abat le désespoir, réside la gloire des persévérants ». Je reprendrai donc cette tentative de Maffé et je vous en reparlerai.