C’est au XVIIème siècle que des normands ont établi un premier comptoir colonial à l’embouchure du fleuve maintenant appelé fleuve Sénégal. La ville nommée Saint Louis, en l’honneur de Louis XIII, joua un rôle économique de premier plan, notamment avec le commerce de la gomme arabique. Elle fut également une plaque tournant de la traite des esclaves. Le gouvernement de l’Afrique Occidentale française (AOF) qui y était installé déménagea en 1902 pour être transférée à Dakar, ville devenue plus active notamment grâce au commerce de l’arachide, notamment.
Mais si le pays est officiellement indépendant depuis le 20 juin 1960, les traces de la présence française sont multiples. Elles sont peut être d’autant plus apparentes que Saint Louis est plus petite que Dakar. La dilution est moins grande. La baguette française, qui coûte d’ailleurs 135 francs CFA (soit 30 sous canadiens, soit 20 centimes d’euro) se retrouve facilement à Saint Louis. J’ai fait la découverte, hier, d’une fromagerie, d’une charcuterie et d’un petit supermarché. Vache qui rit, camembert, terrines de lapin, de sanglier, ou de cerf, Nutella, madeleines, herbes de Provences… font partis du paysage. Ma nutritrionniste à Montréal n'aimerait pas lire ça. Nestlé et ses amis garnissent les 8/10 des étalages. Le reste, des produits chinois. Alors que j’avais apporté mes baguettes chinoises et des trucs pour me faire des soupes tonkinoises,… j’ai voulu me pendre en les découvrant sur les étales. Disons que je pourrais me réapprovisionner facilement.
Et que manque-t-il au tableau selon vous?
Un consulat français. Bonne réponse. Avec son centre culturel français. Je vous raconte.
Je prends donc mon courage à deux mains. J’avais croisé quelques touristes occidentaux dans les rues de la ville durant la journée. J’ai également pu observer des véhicules des coopérations allemande et espagnole et un groupe d'étudiants étatsusiens. J’allais maintenant me jeter dans la gueule de la micro société française de Saint Louis. Ce n’est pas si catastrophique, j’en rajoute un peu. Le centre culturel propose, en effet, du théâtre, du cinéma (ni Hollywood, ni Christian Clavier et autres Bernard Lermite au programme), des expositions, de la danse, des contes, une bibliothèque bien garnie, et même un café philosophique qui s’organise une fois par mois, autour de profs de philo sénégalais. J’avais quand même eu besoin de 7-8 années à Montréal avant de trouver ce genre de rencontre, dans le quartier Côte-des-neiges. J’avoue avoir hâte au 12 décembre pour la prochaine rencontre, je vous en reparlerai. Passons.
Je me présente donc à l’accueil du centre culturel. Personne derrière le comptoir. Finalement, un homme, me faisant penser un peu au major d’homme de la Castafiore, vêtu de façon un peu plus décontracté quand même, sort d’un couloir et s’avance vers moi. Après un rapide bonjour et une petite question pour connaître la raison de ma venue au centre culturel et de ma présence dans la ville de Saint Louis, son visage s’élumine. Je viens tout simplement de lui répondre que je vais habiter la ville pour la prochaine année, travaillant pour la coopération canadienne, je viens faire un premier contact avec le centre culturel. « Tabarnac ! », me lâche-t-il. « J’adore le Canada et les Canadiens. Je n’y suis jamais allé, mais le contact est si simple avec eux, ils sont tellement comme-ci et tellement comme ça… ». Ma journée était faite. Je me permets cette petite parenthèse, pour le lectorat français. Le mot « Tabarnac » a un sens et une origine. Il est bon de les connaître avant de l’utiliser. C’est un mot très vulgaire, pour ne pas dire le plus vulgaire d’une série de sacres ayant une référence au catholicisme. Dans le meilleur des cas, il pourrait équivaloir le « putain » français, dans le pire, il se rapprocherait d’un « fils de p… » dans l’expression, « mon T… ». Dans tous les cas, le fait qu’il soit passible de sanctions dans les foyers québécois, des parents pour les enfants qui le prononcent, nous invite à ne pas le dire en présence de la jeunesse et de réaliser que son sens est lourd. Il y a beaucoup d’autre chose à dire pour rentrer en contact avec les québécois. Essayez « soupe aux pois ! » ou « sipâtes » ou « stade olympique », mais un peu de retenu pour ce « T… ». Fermons la parenthèse.
Il se trouve que ce major d’homme semble être le directeur du centre culturel. Il m’invite donc hier, à la représentation de théâtre de ce soir. « Le consul sera présent, je vous le présenterai » me livra-t-il de façon sympathique mais avec le ton de voix et le roulement d’œil appropriés.
Vous connaissez maintenant mon emploi du temps pour le reste de la journée. Continuer de me chercher un appartement à Saint-Louis, et ce soir, désolais, j’ai consul!