mercredi 5 décembre 2007

La Langue de Barbarie, de qui?


De Barbarie. C’est une île reliée à l’île de Saint-Louis par un pont d’une dizaine de mètre. Le fleuve Sénégal les sépare. De l’autre côté de l’île, l’océan Atlantique, notamment. Je n’ai rien lu encore sur cette île. Je vous livre uniquement ma perception des atmosphères variés et très intenses que j’apprends à saisir à chacune de mes visites. Vous enjambez le pont. Les rives sont colorées de longues pirogues. Nous entrons dans le domaine des pêcheurs. En arrivant sur son dos, on peut presque apercevoir l’océan de l’autre côté. Et presque percevoir le chalutier géant, sud coréen, stationné à quelques kilomètres de la plage. Ils sont là depuis un mois. Ils ont des difficultés à recruter le nombre nécessaire de pêcheurs saint-louisiens, pour partir en haute mer, remplir les calles de poissons et retourner en Asie. Les conditions de travail y sont très difficiles. Ils ne donnent que 5 litres d’eau par jour et par pêcheur, me dit-on. Sur la partie droite de l’île, un réseau de petits couloirs au milieu de petits magasins couverts. Des tailleurs qui s’affèrent pour rentrer dans les délais pour lesquels ils se sont engagés. La fête musulmane de la Tabaski approche. Des vendeuses de fruits et légumes avec leurs grands sourires et cette dignité qui vous rend plus humble. Une grande boucherie, des quincailleries à n’en plus finir, des vendeurs de moutons, des vendeuses de tissus en affaire. On s’y perdrait, mais avec plaisir. Bien sûr j’ai mes points de repère. Il y a le tailleur qu’Alouine m’a recommandé. Il s’agit du secrétaire général de la fédération agricole avec qui j’ai commencé à travailler. Il y fait confectionner tous ces habits. Il y a Amsatou, la sœur du directeur du CECI pour le Sénégal. Elle y tient une étale de tissus. Dans ce méandre de petits commerces, elle m’a déjà trouvé une très bonne couverture, les nuits sont fraîches en ce moment. Elle m’a vendu un bon tissu pour recouvrir le matelas de mon lit. Et il y a cette boucherie dans laquelle on m’a accueilli avec empressement. Un entrepôt gigantesque dans lequel tournoient les carcasses de bovins. C’est sûr, mon premier ragout me ramènera ici sous peu. Cette partie de l’île est très vivante, très agréable.
L’autre partie est plus difficile d’accès me semble-t-il. Physiquement, c’est moins étroit, il y a beaucoup moins de commerce. Mais le nombre de personne y est si important. On le compare, paraît-il aux quartiers de Calcutta, pour la densité de population. Et il m’a semblé qu’au moins les trois quarts des individus avaient moins de 16 ans. Il y a tellement d’enfant. Tu sais, me disait Modou, le chauffeur du CECI, « ici, il est rare qu’un homme n’est qu’une seule femme ». D’ici parte toujours les jours des camions entiers remplis de poissons frais ou séchés. C’est l’univers des pêcheurs. On ne vit presque que de la pêche. Sur des portes, le symbole des marabouts mourides. Ce sont des « professeurs coraniques » très respectés. On ressent rapidement en marchant dans les rues, une homogénéité, un collectif très soudé et régis par un mode de vie très codés. Bien sûr, je n’en saisi presque rien. Par contre, ce que je sais, c’est que depuis que j’ai vu les premières pirogues je n’arrête pas de questionner Modou sur les habitudes de pêches des habitants de l’île. Penses-tu que je pourrais partir en mer avec eux? Combien de temps partent-ils? Certains d’entres eux, affrontent parfois les gardes côtes mauritaniens, me répond-il. Mais tu pourrais demander à Cheik, il en connaît, il pourrait te mettre en contact avec une embarcation sûre et qui n’irait pas vers la Mauritanie. La frontière est très proche et les eaux sénégalaises ne sont plus aussi poissonneuses qu’avant. Depuis que les bateaux-usines européens ont acquis les droits de pêche sénégalais, ils poussent progressivement les pêcheurs sénégalais vers d’autres activités. Le carburant, l’achat des bateaux, les droits de pêches, tout est subventionné par la communauté européenne. Un seul bateau européen traite en une journée ce qu’un piroguier sénégalais pêche en 55 ans. Il est devenu plus rentable pour un pêcheur de vendre sa pirogue aux passeurs d’immigrants illégaux.
Les femmes donnent l’impression d’alimenter les fumoirs jours et nuits. De jeunes garçons armés d’un fil et d’un hameçon s’exercent aux rudiments de la pêche. L’endroit est mystérieux. Il m’attire.
Bien sûr, vous êtes les bienvenus pour découvrir cet environnement qui n’est qu’à 10 minutes de mon appartement. Il y a un aéroport international à Saint-Louis, une chambre d’amis dans mon appartement. La ville est sûre, très colorée. Ne l’entendez-vous pas? elle vous appelle!