jeudi 22 novembre 2007

Ce que je comprends des manifestations d’hier…

Mercredi 21 novembre, le centre ville de Dakar a été le théâtre de manifestations qui ont tournées en affrontements avec les forces de l’ordre. Ça fait officiel, comme première phrase, vous ne trouvez pas? Continuons. Une première manifestation, organisée par un regroupement de syndicats, devait dénoncer la cherté de la vie et l’augmentation des prix des produits de base. Elle avait été autorisée par les autorités publiques et devait se dérouler vers 15h00. Seulement, une autre manifestation plus spontanée s’est organisée en matinée. Il s’agissait, semble-t-il, de commerçants ambulants qui manifestaient contre une mesure prise quelques jours auparavant par le gouvernement sénégalais.
Je dois vous mettre un peu plus en contexte. Une des conséquences du conflit ivoirien, est que les organisations internationales et les grands sièges sociaux des entreprises basées à Abidjan, ont progressivement déménagé vers Dakar. Conséquence, on s’en doute, le prix des loyers à Dakar a complètement explosé au point de se comparer à ceux de Montréal. Parallèlement, notamment à cause de la nouvelle révolution de l’éthanol (c’est une horreur d’ailleurs, mais j’ai prévu de vous en parler une autre fois, mais croyez-moi, j’y reviendrai) le prix des céréales en général à sensiblement augmenté. Et elles constituent les produits les plus consommés par les sénégalais. Autant vous dire que le taux d’inflation depuis 2 ans est en forte augmentation. Aucun chiffre officiel n’est sorti pour le moment. Le gouvernement n’est pas très pressé de les divulguer. Je ne comprends pas pourquoi.
Il règne un climat de tensions directement lié aux conditions de vie qui se détériorent. Il faut ajouter que trois grandes artères de la ville sont en reconstruction en même temps. Le trafic et les embouteillages sont très importants. Et Dakar ne cesse de grossir du fait d’un exode rural qui ne ralenti pas depuis une dizaine d’années. De plus, en mars prochain, le sommet islamique mondial doit être organisé par le Sénégal. Il fut retardé à quelques reprises puisque les travaux d’aménagement des infrastructures nécessaires pour l’événement, qui regroupera des délégations de tous les pays musulmans de la planète, étaient loin d’être complétés. Ces nombreux travaux ralentissent la circulation et s’ajoutent aux autres sources de tensions déjà majeures.
Ainsi, lorsque les autorités ont chassé, en début de semaine, tous les vendeurs ambulants de quelques grandes rues de la ville, pour les « oxygéner », ils venaient par le fait même, de priver d’un faible revenu des individus vivants déjà dans une grande précarité. Il semble donc que ces mêmes personnes aient décidé de se manifester hier matin. N’ayant pas grand-chose à perdre, ils s’en sont pris à des édifices gouvernementaux et à quelques voitures et petits commerces. Comme ce n’était pas tout à fait annoncé, les autorités alors mobilisées ont été un peu débordées. Il semble également que les manifestants étaient très bien organisés au point de se demander si les partis d’opposition n’ont pas accompagné ce petit soulèvement.
Aujourd’hui, le calme est revenu (disait Barzotti), mais les tensions sont encore palpables. Je suis passé en voiture dans le centre ville en fin de matinée aujourd’hui et les policiers étaient plus nombreux. Mais de petits regroupements de personnes semblent annoncer que les manifestants d’hier ne s’arrêteront pas là. A la suite des premières altercations, dés le début de l’après midi, hier, le gouvernement a annulé l’autorisation de la marche syndicale.
De mon côté, notre bureau n’est pas tout à fait dans le centre ville. Dés que nous avons entendu que les étatsuniens travaillant dans le centre ville (oui, ils sont là aussi ceux-là) étaient fortement priés de rentrer chez eux, j’ai pris le chemin de mon logement. Ce matin, je me suis préparé pour le départ de demain, direction Saint-Louis. Les occidentaux ne sont pas visés par les revendications et je suis dans un organisme qui en a vu d’autres et qui ne prend aucun risque. Nous sommes constamment en lien avec l’ambassade du Canada. Personnellement, je n’ai rien vu de la journée d’hier, preuve que nous avons fait ce qu’il fallait.